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La Cour suprême du Brésil déclare que les repas scolaires ne sont pas une obligation

La Cour suprême du Brésil poursuit une tendance effrénée au démantèlement des politiques alimentaires et rend une décision qui entrave la distribution de repas scolaires à environ 1,5 million élèves de Rio de Janeiro.

Bien que les écoles publiques restent fermées en raison de la pandémie de COVID-19, le gouvernement de l'État de Rio de Janeiro a été contraint par la justice de garantir des repas scolaires environ 1,5 million élèves inscrits dans les écoles publiques.  Le gouverneur de Rio de Janeiro a toutefois remis en question cette obligation en août dernier, en demandant à la Cour suprême brésilienne de l'annuler. Malgré les protestations du public, le juge Dias Toffoli de la Cour suprême a retenu la plainte et suspendu l'obligation du gouvernement. 

Dans sa décision, le juge Toffoli soutient que les finances de l'État ne devraient pas être grevées par le maintien de la distribution de repas scolaires à tous les écoliers pendant la pandémie, et souligne qu'il n'appartient pas au pouvoir judiciaire d'intervenir dans la définition de ces politiques publiques. Cette interprétation trompeuse crée un dangereux précédent pour la réalisation du droit à l'alimentation et à la nutrition, non seulement au Brésil, mais aussi dans le monde entier.

"La décision de la Cour suprême brésilienne est une attaque flagrante contre le droit le plus fondamental de ces écoliers : le droit d'être à l'abri de la faim ! Le juge Toffoli fait erreur, en donnant une fausse priorité au budget de l'État sur le droit à l'alimentation des enfants, qui devrait être une priorité pour les autorités publiques - surtout en période de pandémie", commente Felipe Bley Folly, coordinateur en matière de justiciabilité chez FIAN International. 

Dans une lettre ouverte (en anglais) dirigée par le Forum brésilien pour la souveraineté alimentaire et la sécurité alimentaire et nutritionnelle (FBSSAN), FIAN International, FIAN Brésil, DHESCA Brésil, la Campagne nationale pour le droit à l'éducation et le Bureau du défenseur public, et soutenue par 130 organisations de plus de 20 pays, les signataires demandent instamment à Toffoli de revenir sur sa décision.

"Dans sa décision, la Justice ignore malheureusement les graves conséquences de l'absence de repas scolaires sur le développement intégral des écoliers des écoles publiques de Rio de Janeiro - et de toutes les régions du pays. Dans de nombreux cas, il s'agit pour eux du seul repas substantiel de la journée. La solidarité internationale est cruciale pour condamner et donner de la visibilité à une telle injustice", souligne Mariana Santarelli, membre de la FBSSAN et Rapporteuse sur les droits humains de la Plateforme DESC au Brésil.

Dans le cadre de la mobilisation de la société civile, une audition publique a lieu ce 1er octobre à 21h (CEST), avec la participation de représentants d'organisations d'étudiants, de mouvements pour le droit à l'alimentation et la souveraineté alimentaire, de membres du ministère public et du rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation, M. Michael Fakhri.

"La Cour suprême du Brésil doit prendre le droit à l'alimentation au sérieux et obliger l'État brésilien à respecter ses obligations nationales et internationales en matière de droits humains. Les écoliers exigent un traitement digne et des repas scolaires adéquats, en garantissant que 30% des achats de nourriture proviennent de l'agriculture familiale, comme le prévoit la loi brésilienne", conclut Valeria Burity, Secrétaire générale de FIAN Brésil.

 
Regardez l'audience publique avec interprétation en anglais : youtube.com/user/FIANInt
Regardez l'audition publique en portugais : facebook.com/fbssan/   
Lisez la fiche (en anglais) d'information sur ce cas.