Journée de la femme : à la pêche de justice pour les femmes

La pêche est encore perçue comme une tâche essentiellement masculine en dépit de la lourde charge de travail des femmes

Créée à l’origine pour contribuer à la réalisation du suffrage des femmes dans le monde entier, la Journée internationale de la femme est depuis 1910 devenue un jour symbolique pour les lutte des femmes. Ce jour-là, FIAN International, conjointement avec World Forum of Fisher Peoples (WFFP), World Forum of Fish Harvesters & Fish Workers (WFF), The Transnational Institute (TNI) et CROCEVIA, aimerait attirer l'attention du monde sur la lutte des femmes qui vivent de la pêche pour leur droit à l’alimentation et à la nutrition.

Selon le WFFP « il n’existe pas de définition unique permettant de décrire de manière homogène l’expérience des femmes dans le secteur de la pêche ».

Les femmes jouent un rôle crucial dans la pêche tout au long de la chaîne de production: capture, commercialisation, vente aux enchères et activités telles que la transformation, le conditionnement, la production de produits à valeur ajoutée et la fourniture de services aux bateaux sur les sites de débarquement. Avant la récolte, les femmes sont responsables de tâches exigeantes et fastidieuses, telles que le tissage des filets ou la préparation des repas. Tout au long des activités après la récolte, elles se livrent au commerce, fumage ou transformation du poisson. La cueillette artisanale à la main est une autre activité, par exemple la cueillette de mollusques et de crustacés dans les eaux intérieures et les lagons. Ces activités peuvent être rémunérées ou non, et varient d’une région à l’autre. Ce qui ressort, cependant, est que ce rôle multidimensionnel joué par les femmes reste non rémunéré et/ou non reconnu.

Premièrement, la pêche est encore perçue comme une tâche essentiellement masculine en dépit de la lourde charge de travail des femmes. Les soins et les activités ménagères ne sont pas reconnus comme un « vrai travail ». Et les emplois féminins tels que le chargement de tête et la vente de poisson séché sont sous-évalués. En outre, comme l’a souligné le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, les femmes occupent souvent les emplois les moins bien rémunérés, sont susceptibles de recevoir des salaires inférieurs à ceux de leurs homologues masculins pour le même travail et sont généralement sous-payées par des intermédiaires tout au long de la chaîne d’approvisionnement, même lorsqu’elles travaillent en tant que pêcheuses indépendantes à temps plein.

En outre, avec la diminution des stocks de poissons, la migration des hommes à la recherche de solutions de remplacement a finalement alourdi la charge des femmes laissées pour compte. Une réalité qui a finalement transcendé les normes culturelles sociales en augmentant la présence des femmes dans les activités de pêche, tout en continuant à conserver les rôles qui leur sont assignés, ce qui les oblige à rester les principales responsables du travail social en matière de reproduction.

Deuxièmement, les grands projets d’infrastructures côtières, la privatisation des plans d’eau, les programmes de conversion de l’environnement et l’accaparement des mers menacent l’accès des pêcheurs, des femmes et des hommes aux ressources de production et aux revenus. Les femmes sont touchées de manière disproportionnée car ceci aggrave davantage les obstacles auxquelles elles se heurtent déjà pour accéder aux ressources naturelles et exercer leur droit à l'alimentation et à la nutrition en raison de lois discriminatoires et de normes sociales patriarcales. Nampala Jamawa, sur le site d'atterrissage de Mukono, en Ouganda, a déclaré: « de nos jours, le seul moyen de garantir l’accès au poisson frais à des fins commerciales est lorsque votre mari est pêcheur ou que vous possédez un bateau. Ne pas avoir accès aux plans d’eau signifie pas d’accès au poisson, qui est la source d’emploi des femmes ».

Troisièmement, l’accès non règlementé aux mers fourni par les États aux entreprises a entraîné une augmentation des déplacements et de l'externalisation de la main-d'œuvre provenant du secteur de la pêche, ainsi qu’une féminisation de la main-d'œuvre. Comme l’a noté le Rapporteur Spécial sur le droit à l’alimentation, même avec un emploi formel dans le secteur, les femmes travaillent dans de mauvaises conditions en l’absence de structures d’accueil pour enfants, de congés de maternité ou de protection contre les risques professionnels. De plus, les femmes continuent de faire face à différentes formes de harcèlement sur leur lieu de travail, tandis que les acteurs privés bénéficient d’une faible application de la loi.

Dans son rapport annuel sur les défenseurs des droits des femmes cette année, Michael Forst a indiqué que « la mondialisation et les politiques néolibérales », telles que celles énumérées ci-dessus, « ont conduit à une perte de pouvoirs économiques et à des inégalités de pouvoir qui affectent les droits des femmes ». La mise en œuvre des projets qui détruisent l’environnement et déplacent les communautés génèrent la marginalisation, l’appauvrissement et fragmentent les communautés et les familles. Cependant, comme le souligne Forst, les femmes défenseuses ont été à l’avant-garde pour protester contre de tels changements et revendiquer leurs droits, souvent avec beaucoup moins de ressources que ceux contre lesquelles elles résistent. Bien qu’elles vivent souvent sous des normes sociales discriminatoires et des gouvernements autoritaires qui criminalisent ceux qui contestent le lien entreprise-État, les femmes continuent de s’organiser pour défendre leurs droits.

Le droit à une alimentation et à une nutrition adéquates exige une approche intégrée garantissant la prise en compte de toutes les causes structurelles de la faim et de la malnutrition tout au long de la chaîne alimentaire: de l’accès, contrôle, gestion et propriété des plans d’eau, à la transformation des aliments, commercialisation, promotion et protection sur le lieu de travail, en passant par les revenus et les modes de consommation décents, jusqu’au moment où la nourriture est effectivement consommée en tant qu’élément indispensable à la nutrition et à la santé, individuellement ou en communauté avec les autres tout au long de leur vie.

WFFP, WFF, TNI, CROCEVIA et FIAN International invitent par conséquent d’autres organisations de défense des droits humains à unir leurs forces et à demander aux États d’honorer leurs obligations juridiques internationales énoncées dans les traités sur les droits humains et les instruments juridiques non contraignants qui protègent les femmes en leur garantissant leurs droits aux ressources, ainsi que la poursuite d’un monde exempt de multiples formes de violence. Ces obligations se trouvent dans des documents telles que les Directives sur la pêche artisanale, la recommandation générale 34 du Comité de la CEDEF sur les droits des femmes rurales, et les normes énoncées dans la Déclaration sur les droits des paysan.ne.s et autres personnes travaillant en milieux ruraux récemment approuvée.